Le désert du Sahara : la route, le camp, le froid

Le voyage au Sahara en un coup d'œil
Les voyageurs arrivent au camp avec des idées très différentes de ce qui les attend. Les uns pensent à Lawrence d'Arabie, les autres à un complexe de glamping posé dans le sable. La réalité tient entre les deux, plus près d'un camping bien organisé que de l'une ou l'autre image, avec sa part d'inconfort réel et sa part d'organisation touristique. Le savoir avant de partir change la façon dont on vit la nuit sur place.
Ce qui suit reprend le voyage dans l'ordre où il se présente : la route, le camp, la nuit, puis le retour.
La route fait la moitié du voyage
Le désert ne se rejoint pas en une heure. Depuis Marrakech ou Fès, comptez sept à neuf heures de route selon l'itinéraire. Sur le papier, c'est une corvée. C'est en réalité l'un des meilleurs moments du séjour, parce que le paysage ne cesse de changer : montagnes, puis vallées, puis pré-désert, puis le désert lui-même, en une journée.
L'itinéraire depuis Marrakech traverse le Haut Atlas via le col du Tizi n'Tichka. La route grimpe à plus de 2 000 mètres, en lacets, avec les vues qui vont avec. Puis on redescend dans le bassin de Ouarzazate, où le paysage s'ouvre et les couleurs passent du vert à l'ocre. Vous longez des kasbahs construites en pisé, qui se fondent dans le paysage dont elles sont faites.
La plupart des voyages font halte à Aït Benhaddou, le village fortifié qu'on a vu dans à peu près tous les films tournés dans le désert. L'arrêt se justifie. On y lit comment on a bâti ici pour se défendre, siècle après siècle. En fin d'après-midi, la lumière fait virer la terre rouge à l'or.
Photographier la route
Après Ouarzazate, vous traversez les vallées du Dadès et du Todra. Ce ne sont pas encore des paysages désertiques, mais des vallées fluviales, des palmeraies et des villages berbères. Le contraste entre le vert des oasis et la roche nue saute aux yeux. La route des gorges du Todra passe entre des parois de 300 mètres.

Ce n'est que dans la dernière heure que le paysage devient vraiment désertique. La végétation disparaît, la terre tourne au sable, et l'Erg Chebbi apparaît d'un coup à l'horizon, orange sur un sol plat.
La route compte parce qu'elle situe le désert. Vous voyez où il commence dans la géographie du pays, vous traversez une à une les zones de transition, et après une journée de voiture les dunes ne sortent pas de nulle part.
Merzouga ou M'Hamid
Les voyages au Sahara mènent presque tous à l'un de deux endroits. Merzouga se trouve au bord de l'Erg Chebbi, le champ de dunes le plus accessible. M'Hamid est plus au sud, près de l'Erg Chigaga, plus isolé et plus long à atteindre. Le choix pèse sur tout le reste de l'étape.
Merzouga est le côté aménagé. Le village a des hôtels, des restaurants et une route qui mène jusqu'au bord du sable. Les camps y vont du très simple au grand confort. Le trek à chameau ou le transfert en 4x4 dans les dunes prend de 45 minutes à une heure. Les dunes sont hautes, aux crêtes bien dessinées. Il y a du monde, mais réparti sur beaucoup de camps.
M'Hamid est l'option tranquille. Le village est plus petit, et rejoindre les dunes demande un trajet en 4x4 plus long, sur des terrains changeants. Les camps y sont plus rustiques et les adresses de luxe plus rares. En échange, vous avez de l'espace. Peu de voyageurs descendent aussi bas, et le désert paraît plus large et plus vide.
Choisir son camp
Arrivée au bord du désert
Vous arrivez à Merzouga ou M'Hamid en fin d'après-midi. L'équipe du camp vous attend. Puis vient le moment qui angoisse beaucoup de voyageurs : chameau ou 4x4.
Le chameau est traditionnel et photogénique. Il est aussi inconfortable. Monter et descendre relève de l'acrobatie, le balancement de la démarche demande un temps d'adaptation, et l'animal sent fort. Quarante-cinq minutes ne sont pas insupportables, mais personne ne parlerait de détente. On le fait pour l'expérience et pour les photos. Si vous avez le dos fragile ou la mobilité réduite, le chameau vous fera mal.
Le 4x4 existe maintenant dans la plupart des camps, et l'on roule directement jusqu'aux tentes. C'est pratique, confortable et parfaitement défendable. Certains voyageurs ont l'impression de tricher en renonçant au chameau. C'est absurde. Les familles amazighes qui vivent au bord de l'erg Chebbi roulent en 4x4 ; les chameaux, elles les gardent pour les hôtes.
Beaucoup de camps proposent le compromis : 4x4 jusqu'aux tentes, puis une courte sortie à chameau au coucher du soleil. Vous avez la photo sans les quarante-cinq minutes.
Quel que soit le moyen, l'heure qui précède le coucher du soleil est celle qui marque. Le sable passe du jaune à l'orange puis au caramel, les ombres s'allongent derrière chaque crête, et la chaleur retombe. À dos de chameau, on n'entend plus que les pas dans le sable. En 4x4, on regarde la lumière glisser sur les ondulations à travers la vitre.

Les quatre niveaux de camp
L'expression « camp de luxe dans le désert » prête à confusion. Le luxe ne se mesure pas ici comme en ville, et mieux vaut savoir ce que le désert autorise avant de réserver.
Les camps basiques proposent des tentes berbères avec un simple matelas posé au sol ou sur une plateforme basse, des sanitaires partagés à l'extérieur des tentes, des repas cuits au feu et pas d'électricité. C'est du vrai camping saharien — nuits froides, sanitaires sommaires, rien de superflu — et c'est franchement inconfortable pour beaucoup de monde. Cela convient à qui vient chercher l'aventure, pas à tout le monde.
Les camps standard montent d'un cran et offrent de vrais lits, des tentes privées avec salle de bain attenante, l'eau courante chauffée au solaire, et assez d'électricité pour recharger un téléphone. Les repas sont préparés sur place et servis à table. C'est le niveau que la plupart des voyageurs trouvent suffisant.
Les camps de luxe vont nettement plus loin. De vrais matelas, une salle de bain privative avec chasse d'eau et douche chaude, de l'éclairage à l'intérieur, un coin salon sous la tente, et une cuisine confiée à des cuisiniers formés. Certains ont une piscine, remplie par camion-citerne, ce qui paraît absurde jusqu'à l'après-midi où vous y entrez.
Les camps ultra-luxe approchent le niveau d'un hôtel : très grands lits, salle de bain privative avec une pression d'eau correcte, climatisation sur groupe électrogène, WiFi, cuisine de niveau restaurant. Ils existent, et ils coûtent beaucoup plus cher, parce que ce que vous payez, c'est la logistique qui amène tout cela au milieu du sable et qui l'y maintient.
Ce que le désert impose
Le choix du niveau dépend du budget et de la dose d'inconfort que vous acceptez d'encaisser. Le basique se défend si vous êtes jeune et aventureux, le standard suffit à la plupart, et le luxe s'impose pour les voyages de noces ou pour qui a besoin d'un confort fiable. L'ultra-luxe s'adresse à ceux qui acceptent de payer cher pour rendre facile un environnement qui ne l'est pas.
Une soirée au camp
Vous arrivez au camp au coucher du soleil, et la température tombe vite. Ce qui était chaud deux heures plus tôt devient agréable en 30 minutes, et frais en une heure.
La soirée se déroule à peu près de la même façon partout. Vous vous installez sous la tente, et le thé arrive presque aussitôt. Au Maroc, le service du thé à la menthe est un cérémonial, et les camps s'en servent comme accueil. Vous le buvez en regardant s'éteindre les dernières lueurs.
Le dîner est servi à la nuit tombée, vers 20 h ou 21 h, à des tables communes. C'est du tagine la plupart du temps, avec des salades, du pain et des fruits. La qualité suit le niveau du camp et reste honnête. L'intérêt du repas est ailleurs. Vous dînez dehors, sous les étoiles du Sahara.

Après le dîner, il y a presque toujours de la musique, percussions et chants berbères autour du feu. Les rythmes sont hypnotiques une fois qu'ils s'installent. Certains camps insistent trop pour faire participer les hôtes. D'autres vous laissent écouter, et c'est très bien ainsi.
Puis viennent les étoiles. L'isolement du Sahara et l'absence de pollution lumineuse donnent des nuits d'une clarté rare. Si vous n'avez jamais vu d'étoiles ailleurs qu'en ville, le premier regard désoriente. La Voie lactée s'y lit comme une bande nette, les étoiles filantes sont fréquentes, et le nombre d'étoiles visibles dépasse ce qu'on imagine. Pour beaucoup de voyageurs, cela suffit à justifier le déplacement.
Conseil pour observer les étoiles
On dort plus ou moins bien selon la saison et selon le camp. Les nuits d'hiver sont froides au point que vous prendrez toutes les couvertures qu'on vous tend ; les nuits d'été restent chaudes ; au printemps et à l'automne, une veste suffit. Si vous êtes assez loin des autres camps, le silence est total. Les uns le trouvent apaisant, les autres franchement étrange. Le lever du soleil est plus tardif qu'on ne le croit : près de 7 h 15 en décembre et en janvier, un peu après 5 heures fin mai. Demandez au camp à quelle heure sortir, et comptez large pour la montée dans le sable.
Ce qu'on fait sur place
Au désert, l'essentiel consiste à être là, pas à enchaîner les activités. Quelques-unes reviennent tout de même dans presque tous les camps.
La montée d'une dune au lever du soleil se pratique à peu près partout. Vous vous levez avant l'aube, grimpez jusqu'à une crête haute et regardez la lumière arriver. Elle change le paysage de minute en minute, et c'est aussi le meilleur moment pour les photos. Comptez une heure avec la montée et la descente.
Le sandboard demande des dunes bien raides. Les camps prêtent les planches. On monte, on descend. C'est amusant une vingtaine de minutes, jusqu'à ce que la remontée dans le sable ait raison de vous. Les enfants tiennent plus longtemps que les adultes.
Marcher dans les dunes montre ce qu'on ne voit ni du camp ni du dos d'un chameau. Des plantes poussent là où l'on n'en attend pas. Les traces d'animaux se lisent sur le sable. Le vent y laisse un fin motif de rides, et l'on sent l'air chaud remonter le long des pentes. Au bout d'une heure de déambulation, le désert ressemble moins à un terrain vague qu'à un écosystème.
Certains camps organisent des sorties en 4x4 chez des familles nomades. Selon l'opérateur, cela va de la rencontre réelle au spectacle monté pour les visiteurs. Les bonnes vous emmènent chez des familles qui vivent encore ainsi, et vous voyez comment elles gèrent l'eau, élèvent leurs bêtes et organisent une journée dans le désert. Les mauvaises donnent l'impression de visiter un zoo humain. Si le point vous importe, posez la question à l'opérateur avant de réserver.
Rester assis au camp à regarder la lumière tourner sur les dunes est très sous-estimé. Rien n'y est immobile. Le vent retravaille le sable en permanence et l'angle du soleil en change les couleurs sans arrêt. Beaucoup s'aperçoivent que c'est exactement ce qu'ils étaient venus chercher.

La réalité des températures
Le désert n'est pas chaud en permanence. Il bascule du tout au tout entre le jour et la nuit, et c'est là que les mauvaises surprises attendent les voyageurs mal préparés.
Les températures, saison par saison
Printemps (mars-mai) : journées agréables (25-30 °C) et nuits fraîches (10-15 °C). C'est la bonne saison. On est à l'aise pendant les activités, et les nuits demandent une veste sans être glaciales. Le printemps peut être venteux, ce qui soulève le sable — agaçant, mais cela ne gâche pas le voyage.
Automne (septembre-novembre) : comme le printemps, en plus stable. Des journées chaudes sans être brûlantes, des nuits qui se rafraîchissent agréablement. Avec l'hiver, c'est la haute saison du désert.
Hiver (décembre-février) : les journées sont belles (18-22 °C) et les nuits tombent aux alentours de zéro (0-5 °C), donc il vous faudra de quoi avoir vraiment chaud. Le froid est sec, donc moins mordant que la même température sous un climat humide, mais vous prendrez toutes les couvertures que le camp vous donnera. L'hiver offre les ciels les plus clairs et la meilleure observation des étoiles.
Prévoyez plusieurs épaisseurs, quelle que soit la saison. L'écart entre le jour et la nuit impose des vêtements chauds même quand l'après-midi est brûlant.
Les détails dont personne ne parle
Le sable entre partout. Chaussures, sac, téléphone, cheveux, dents. On n'y peut rien. Prenez des lingettes et renoncez à être vraiment propre pendant 24 heures.
Les sanitaires varient d'un camp à l'autre, et même en haut de gamme la pression d'eau n'atteint jamais celle d'un hôtel. Les chasses d'eau fonctionnent, mais il faut parfois les remplir au seau. Dans les camps basiques, ce sont des toilettes à la turque, voire moins. Les femmes ont intérêt à prévoir la question des règles avant de partir. C'est gérable, à condition d'avoir tout emporté.
Aller aux toilettes la nuit est moins simple qu'il n'y paraît. Les tentes sont à l'écart des sanitaires et vous traversez du sable mou dans le noir. Prenez une lampe frontale, ou éclairez-vous au téléphone. Le trajet est court, mais le terrain se devine mal la première nuit.
Le réseau et le WiFi vont du peu fiable à l'inexistant. Quelques camps de luxe ont un WiFi satellite, lent et cher ; la plupart n'ont rien du tout. Beaucoup de voyageurs finissent par y trouver leur compte, mais si quelqu'un doit pouvoir vous joindre, réglez la question en amont.
L'essentiel à emporter
Le retour part tôt. Vous êtes debout pour le lever du soleil, vous prenez le petit-déjeuner, et la voiture repart vers 8 h ou 9 h. Le trajet se fait en plein jour, et vous voyez enfin les paysages traversés au crépuscule à l'aller.
Ce que « luxe » veut dire ici
Le marketing des camps de luxe promet parfois plus qu'il ne peut tenir. Autant être précis sur ce que le mot recouvre ici.
Un camp de luxe dans le désert offre : des lits confortables, une salle de bain privative avec douche chaude, un chauffage et une climatisation fiables, une bonne table, un personnel attentif et des intérieurs soignés. C'est déjà remarquable, vu ce que suppose la logistique dans un désert isolé.
Un camp de luxe dans le désert n'offre pas : les services d'un hôtel, une température parfaitement maîtrisée, de l'eau chaude à volonté, un WiFi immédiat, de la haute cuisine ni le confort d'une ville. L'environnement fixe la limite, quel que soit le prix.

Ce que vous achetez, c'est du confort rapporté aux conditions du désert, pas du confort dans l'absolu. Le prix couvre la logistique qui amène ce confort loin de tout, et pour beaucoup de voyageurs il est bien employé. Mais ce n'est pas le Four Seasons dans le sable.
Une nuit suffit-elle ?
La plupart des voyages au Sahara comptent une nuit dans le désert, et une nuit suffit à l'essentiel : la route aller, l'arrivée au camp, le coucher du soleil, les étoiles, le lever du jour, le retour. Vous avez le désert sans passer trop longtemps dans des conditions rudimentaires.
Deux nuits laissent le temps de souffler. La première, vous êtes trop stimulé pour vous poser ; la seconde, vous vous êtes fait au rythme et le désert devient plus calme. Elles laissent aussi de la place pour une sortie dans les environs, ou pour ne rien faire du tout.
Trois nuits commencent à paraître longues. Passé la deuxième, l'expérience ne s'approfondit plus beaucoup, sauf si vous marchez d'un camp à l'autre ou partez en expédition 4x4 sur plusieurs jours. Et le confort spartiate des camps finit par peser.
Prenez deux nuits si vous avez les jours. Trois ne se justifient qu'avec un programme précis en plus.
Où placer le désert dans un itinéraire
Le Sahara occupe en général le milieu d'un itinéraire marocain. Vous roulez plusieurs jours depuis Marrakech ou Fès, vous passez une ou deux nuits dans les dunes, puis vous repartez vers l'étape suivante.
Le plus courant : Marrakech → Sahara → Fès, un arc par le sud du pays. Vous voyez l'Atlas, le désert et deux villes impériales. Comptez 7-10 jours au minimum.
Variante : Marrakech → Sahara → retour à Marrakech par une autre route. Cela dessine une boucle dans les paysages du sud. Bien pour qui veut le désert sans faire à la fois Marrakech et Fès.
L'étape désertique ajoute 3-4 jours à n'importe quel itinéraire (deux jours de route, une ou deux nuits sur place). C'est une part importante d'un séjour, et cela en vaut presque toujours la peine. Face aux médinas, l'échelle et le silence font quelque chose que les villes ne font pas.
Notre guide des saisons, visites au désert comprises détaille la planification région par région.
Le Sahara pèse sur le reste du séjour, qu'il en soit le cœur ou une étape dans un parcours culturel plus large. L'itinéraire s'ordonne autour de lui, avant comme après.
Gérer les attentes
Le Sahara ne ressemblera pas au fantasme romantique que vous aviez en tête. Il sera aussi plus impressionnant que prévu, mais autrement.
Vous ne glisserez pas en silence sur des dunes infinies à dos de noble chameau. Vous passerez moins d'une heure, secoué, sur une bête qui sent fort, pour rejoindre un camp qu'une voiture atteint sans peine. La réalité a raison du romantisme.
En revanche, vous verrez des étoiles comme nulle part ailleurs, et le lever du soleil refera tout le paysage en 20 minutes. Vous connaîtrez un silence et une immensité que la ville ne donne jamais, et vous ouvrirez la tente sur des dunes.
Les inconforts sont réels, la beauté aussi. Les deux vont ensemble.
Organiser l'étape désertique
Le désert se donne à ceux qui l'acceptent tel qu'il est. Il ne se place pas dans un itinéraire comme les villes ou la côte atlantique : les dunes tranchent complètement avec les sommets de l'Atlas et les plages. Selon que vous cherchez un camp isolé pour un voyage de noces ou une étape de paysages entre deux villes, ce ne sera ni le même camp ni le même rythme.
Nous construisons des étapes désertiques où l'authenticité et le confort tiennent ensemble, au niveau qui vous convient. La route compte autant que le camp.
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Le Sahara en bref
Le Sahara est impressionnant, et il est aussi exigeant, parfois inconfortable. Ceux qui en profitent le plus sont arrivés préparés aux deux.